Pourquoi est-il urgent de s’engager dans un processus de contribution carbone ?

Candice HEYMAN
June 29, 2022
Blog
Pourquoi est-il urgent de s’engager dans un processus de contribution carbone ?
On entend de plus en plus parler de l’urgence climatique ; deux mots associés qui supplient à un engagement collectif en faveur d’une transition écologique. Cet engagement, on le sait, se fera par une prise de conscience fédératrice, ou ne se fera pas. Mais après réalisation vient une nouvelle question : quelles sont les solutions pour inverser la courbe des gaz à effet de serre qui ronge notre planète ?

Evolution des GES de 1960 à 2018. Source : les Clionautes

1. Qu’est-ce que la contribution carbone ?

Parmi les solutions pour inverser la courbe des gaz à effet de serre, la contribution carbone, également appelée compensation carbone mais plus précisément la contribution à l’objectif de neutralité carbone en 2050, fixé par les accords de Paris.

La contribution carbone consiste pour une entreprise à financer des projets qui capturent et stockent autant de CO2 qu’elle émet d’émissions de gaz à effet de serre résiduelles.

Ainsi,

Un porteur de projet mets en place des leviers concrets afin de créer des puits de carbone,

Son projet est certifié,

Il capture chaque année du carbone atmosphérique,

Il revend chaque tonne de carbone facturé sous forme de crédit carbone.

Une entreprise souhaite s’engager vers une trajectoire bas carbone,

Elle fait son diagnostic carbone,

Elle évite et réduit au maximum les émissions pouvant l’être,

Elle calcule le nombre d’émissions résiduelles, qui ne peuvent être éliminés,

Elle achète autant de crédit carbone qui lui reste de tonne d’émission de CO2.

Crédit carbone : un crédit carbone est l’équivalent d’une tonne de carbone qu'un puit carbone peut capturer et stocker. C’est une unité qui a vu le jour dans le cadre du protocole de Kyoto (1997) lors de l'apparition du marché du carbone.

Un crédit carbone coûte entre 5 et 300 € en fonction du type de projet, comme nous allons le voir par la suite.

Quelle démarche pour acheter des crédits carbone ? Source : INFCC

2. Comment bien choisir ?

A) Type de projet et critères

En s’engageant dans un projet de contribution carbone, il est essentiel de se poser la question : quel est son impact ?

En effet, un projet de qualité ne se limite pas à la capture et au stockage de carbone, et engendre forcément d'autres co-bénéfices à la fois sociaux et environnementaux.

Pour vous guider, voici les quatres critères principaux et indispensables pour un projet de contribution carbone de qualité :

Quoi qu'il en soit, toutes les méthodologies prennent en compte les 4 critères suivants :

  • l’additionnalité : les co-bénéfices qui s’ajoute au stockage carbone 🧾
  • la mesurabilité : il doit être possible de calculer la quantité de CO2 évitée/stockée 📏
  • la vérifiabilité : le projet doit être suivi et transparent tout au long de son engagement 👀
  • la permanence : l’évitement et la séquestration doit être valable au moins 7 ans ♻️

En somme, un projet doit être d’une part transparent et traçable et d’autre part à impact vérifié et durable. En ce sens, agir localement permet un meilleur suivi.

Rassurez-vous, il existe des Labels qui certifient la conformité des projets avant de les faire entrer dans le marché des crédits carbone :

Standards carbone : organisme de labellisation chargé de certifier la qualité des projets de contribution carbone et donc l’impact réel des crédits carbone. L’organisme se porte garant de la plue-value environnementale des projets de contributions carbone.

En France, il existe seulement le Label Bas Carbone, crée par le Ministère de la Transition Ecologique, qui couvre les projets agricoles et forestiers.Il permet de certifier des projets à la fois de réduction et de séquestration des émissions GES. Il assure donc une valorisation économique des projets notamment pour les porteurs de projets.

A l’international, il existe une multitudes de Label, parmi lesquels :

  • Verra (Verified Carbon Standard - VCS) : label carbone le plus utilisé au monde, il se concentre sur la réduction et compensation des émissions de GES. Il s’applique au secteur de l’énergie, de l’agriculture, de la forêt ou encore des déchets.
  • Gold Standard : label carbone créé par le WWF en collaboration avec une multitude d’ONGs. Il prend en compte, en plus du stockage de carbone, les co-bénéfices sociaux et écologiques des projets.
Qualité des labels carbone !

B) Bénéfices

Comme nous avons pu le voir, un bon projet est forcément un projet à impact.

Par exemple, un projet de contribution carbone consistant à protéger et entretenir une forêt stocke du carbone mais également  :

  • développe la diversité biologique, la conservation des sols et de l’eau… (co-bénéfices environnementaux)
  • crée de l’emploi, améliore les conditions de vie urbaine et périurbaine, crée de l’interaction entre le porteur de projet et le financeur… (co-bénéfices sociaux)

De la même manière, un projet de contribution carbone consistant à mettre en place une agriculture régénérative stocke du carbone mais également :

  • augmentation de la qualité de l’eau et de l’air, augmentation de la biodiversité, amélioration de la fertilité des sols… (co-bénéfice environnementaux)
  • investissements locaux, revenus supplémentaires pour les agriculteurs, chemin vers une alimentation plus saine… (co-bénéfice sociaux)

Globalement, on retrouve les mêmes co-bénéfices :

Les co-bénéfices des projets carbone. Source : INFCC

C) Greenwashing

Greenwashing : utilisation abusive de l’argument écologique à des fins commerciales, sans réelle action.

Avec l’intérêt écologique grandissant des consommateurs, grandissent les manipulations de marques.

Mais les marques elles-mêmes, par soucis d’économie surtout, peuvent se faire avoir en investissant dans des crédits carbone absurde voir mauvais pour la planète. Acheter des crédits carbone à l’autre bout du monde, sans suivi ni traçabilité, n’a aucun sens : planter des arbres au Malawi, les imposer aux habitants locaux et implanter une monoculture non adaptée n’apporte rien de bon.

Et parce qu’une piqûre de rappel est toujours nécessaire : notons qu’une démarche de contribution carbone n’a de sens uniquement si elle fait suite à une démarche d’évitement et de réduction des émissions de CO2. Les émissions ne peuvent pas être annulées par compensation, et ne sont en aucun cas une autorisation à polluer.

3. Pourquoi s’y engager ?

A) Parce que la planète va mal

Vous avez probablement entendu parler du dernier rapport du GIEC.

Aujourd’hui 3,3 à 3,6 milliards de personnes sont “très vulnérables” face au changement climatique. Nous avons encore 3 ans devant nous pour inverser la courbe des émissions de GES, sans quoi le monde deviendra irréversiblement invivable.

Aujourd’hui, nos puits de carbone sont détruits par la déforestation, l’agriculture intensive ou encore l'urbanisation et notre production de carbone à l’échelle mondiale est bien au-dessus de ce qui peut être stocké. Et cette production carbone augmente sans cesse alors que le nombre de puits de carbone naturels diminue en flèche. Vous voyez le problème ? L’équilibre est rompu.

Rester sur la même dynamique ne peut nous mener qu’à la destruction rapide des écosystèmes dont nous dépendons.

Les conséquences sont bien connues : acidification des océans, forte intensification de la brume sèche (brouillard de pollution), changement de croissance des plantes, destruction de la couche d’ozone, désertification, la fonte des glaces, l’augmentation du niveau de la mer, l’intensification des aléas naturels…

Il est grand temps d’agir à l’échelle globale et collective. Les agriculteurs nous nourrissent, les forêts et l’océan nous font respirer et les énergies alimentent notre société ; aidons-les en retour.

B) Les entreprises au coeur de l’enjeu climatique

Dans la chaîne de production et de consommation,  les entreprises ont un rôle essentiel à jouer d’abord par la réduction mais également par la compensation.

A chaque échelon, jusqu’au dressing, à l’assiette ou à la maison du consommateur, de la matière première au produit, c’est une multitude d’entreprises, de sous-traitants et de collaborateurs qui passent par là.

En tout état de cause, les entreprises, à différents degrés en fonction du secteur, y sont pour beaucoup dans la crise actuelle.

Emissions de GES par secteur. Source : IPCC

Bien sûr, celles-ci répondent à la demande et pour cela on ne peut leur jeter la pierre. Or, tout comme l’environnement, la demande évolue et il est absolument nécessaire de s’y adapter.

En France, 70% des émissions de CO2 correspondent aux activités de production. Or, il est important que ces émissions ont tendance à baisser ces dernières années du fait de l’innovation et notamment de la valorisation de l’innovation éco-responsable.

C) Les co-bénéfices

Comme nous avons pu le voir, les co-bénéfices liés aux projets de contribution carbone sont non-négligeables.

S’engager dans une trajectoire bas carbone, contribuer à la neutralité carbone mondiale c’est également soutenir une économie locale, favoriser la biodiversité, préserver les sols et valoriser les acteurs de ses projets.

En plus des co-bénéfices dûs aux projets, l’engagement lui-même peut-être bénéfique pour l’entreprise : il fait sens à la fois pour les collaborateurs et les entreprises. Lorsqu’elle est juste, la trajectoire bas carbone de l’entreprise lui assure une belle image.

-> Retrouvez les témoignages et conseils d’entreprises

SOURCES :

  • https://jancovici.com/changement-climatique/les-ges-et-nous/comment-evoluent-actuellement-les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre/
  • https://www.ecologie.gouv.fr/label-bas-carbone
  • https://www.info-compensation-carbone.com/ressource/le-label-bas-carbone/
  • https://www.tf1info.fr/environnement-ecologie/rechauffement-climatique-les-chiffres-alarmant-du-nouveau-rapport-du-giec-du-4-avril-2022-2215632.html
  • https://www.ipcc.ch/languages-2/francais/
  • https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/empreinte-carbone-2

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