Qu’est-ce que l’agriculture du carbone ?

Candice HEYMAN
October 3, 2022
Blog
Qu’est-ce que l’agriculture du carbone ?
Et si on cultivait le carbone ? 🤔 On estime à 3421 Giga tonnes la quantité de carbone organique piégée dans les sols de notre planète, alors que l’humanité émet chaque année environ 40 Giga tonnes de CO2. Les sols sont donc l’un des principaux réservoirs de carbone de la planète, et ceux qui le travaillent au quotidien ont donc un potentiel d’impact inestimable sur l’atténuation du réchauffement climatique. Idéalement il faudrait donc augmenter la capacité de stockage carbone des sols agricoles afin de réduire la concentration en gaz à effet de serre de l'atmosphère. Or il existe justement des pratiques agronomiques qui pourraient nous permettre d'atteindre un tel objectif. Regroupées sous le nom d'agriculture régénératrice, ces pratiques visent avant tout à restaurer les sols agricoles afin d'améliorer leur résilience. Ce faisant, elles permettent de réintroduire du CO2 atmosphérique dans le cycle du carbone en le séquestrant dans les sous-couches du sol.                                                                                                                                                                                                                                     Alors, pourquoi ne pas rémunérer les agriculteurs qui adoptent des pratiques vertueuses pour leur contribution à la lutte contre le changement climatique ? L'agriculture du carbone, c'est l'idée de rémunérer les agriculteurs qui adoptent des pratiques agronomiques régénératrices en fonction des tonnes de CO2 qu'ils évitent d'émettre ou qu'ils piègent dans leurs sols. En somme il s'agit de récompenser financièrement via le mécanisme des crédits carbone les producteurs qui apportent des bénéfices écosystémiques (stockage carbone, protection de la biodiversité, filtrage de l'eau...) dont tout le monde va profiter. Aujourd’hui, et d’autant plus dans le contexte que nous connaissons, il est essentiel de reconnaître le pouvoir de l’agriculture, et d’assurer sa continuité. Car le temps presse : selon le 6ème rapport du GIEC entre 1981 et 2010 on observe une perte de 9 à 10% dans la production totale de céréales, du fait de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

L’urgence est là : il est nécessaire de prendre un virage vers une agriculture régénératrice et durable, en laissant au miroitement du rétroviseur l’agriculture intensive, responsable de 19% des émissions de gaz à effet de serre en France en 2019.

Comment réduire les émissions de carbone dans le monde agricole ? 🚜

Avec le mécanisme de la compensation carbone, un nouveau levier incitatif apparaît pour les agriculteurs. Ces derniers peuvent en effet recevoir des financements à hauteur des bénéfices que leur travail apporte à la planète.

Le but ? Transformer les sols agricoles en puits de carbone et en sanctuaires pour la biodiversité.

Concrètement, il s’agira de quantifier deux variables rendus possibles par l’adoption de pratiques agroécologiques :

  • la réduction des émissions de CO2
  • le nombre de tonnes de CO2 séquestrés sous les sols

Qu’est ce que l’agro-écologie ? Quels sont les leviers pour une agriculture moins émettrice en GES ?

Pour réduire les émissions de carbone dans l’agriculture, il est nécessaire de mettre en place une agro-écologie, ou agriculture régénérative. L’objectif est de “maintenir et même améliorer les résultats techniques et économiques, tout en améliorant les performances environnementales”.

Concrètement, cela demande d’activer différents leviers selon le type d’exploitation :

  • Alimentation du troupeau

Il s’agit là de favoriser le fourrage local pour les animaux. En d’autres termes, il est nécessaire de choisir l’alimentation des animaux directement en pâture plutôt que le soja importé d’Amérique du Sud.

  • Réduire les engrais

Optimisation de la fertilisation des cultures par la culture de légumineuses qui agissent comme des engrais verts ; épandage des déjections ; augmentation de la durée du pâturage pour réduire l’usage d’engrais minéraux (qui nourrissent les animaux).

  • Gestion des déjections animales

Il est possible de valoriser les déjections animales par différents modes d'épandage (répartition sur les champs comme engrais), ou production d'énergie (méthanisation).

  • Conduite du troupeau

Amélioration des conditions sanitaires du logement des animaux afin d’améliorer la qualité et même la quantité de la production.

  • Consommation d'énergie

Il existe une multitude de solutions pour réduire sa consommation d'énergie à l’échelle d’une exploitation : panneau solaire,  réduction du carburant par la réduction du travail au sol ou l’ajustement de la puissance de l’outil utilisé…

  • La gestion des cultures  

Cela comprend d’une part la rotation des cultures, qui implique, sur une ou plusieurs années d’alterner les cultures (légumineuses, céréales…) afin d’offrir au sol tous les nutriments dont il a besoin sans le fatiguer. Le sol reste donc fertile et les rendements meilleurs. D’autre part, les couverts permanents ou les couverts d’interculture permettent de la même manière d’apporter des nutriments nécessaires au sol. Il s’agit de planter, sur des durées plus ou moins longues (de 3 à 30 mois) des plantes non-destinées à la vente mais très nutritives, entre deux cultures commerciales.

  • Gestion des infrastructures écologiques

Cette liste est bien sûr non-exhaustive, puisqu’ils existent plus d’une quarantaine de leviers différents.

Les bénéfices de l’agro-écologie sont multiples : amélioration de la biodiversité, de la qualité de l’eau et de l’air, réduction des engrais, meilleure qualité des sols, alimentation plus saine, bien-être animal, économie d’énergie, circuit court… et surtout réduction des gaz à effet de serre et stockage carbone !

💪En tout état de cause, la mise en place d’une agriculture régénérative grâce aux leviers cités précédemment permet à la fois de diminuer largement l’empreinte carbone de l’exploitant agricole mais aussi et surtout de capturer le CO2 présent dans l’atmosphère.

Comment stocker du carbone dans les sols ? 🌾

Le carbone est stocké dans les sols agricoles par le biais de réservoir naturel : les puits de carbone. Ce processus à lieu grâce à la photosynthèse, qui est un phénomène naturel transformant l’eau et le carbone en glucides et en oxygène grâce à l’apport énergétique du soleil. Cette transformation se fait par les végétaux, vivants ou morts, qui en se nourrissant ou en se décomposant transmettent le carbone atmosphérique dans le sol.

En stoppant ou en minimisant le labour on garde le système racinaire en place, là où est stocké l'immense majorité du carbone.

Limiter le travail au sol, c’est donc capturer plus de CO2. De telles pratiques sont tout à fait compatibles avec une agriculture à productrice et grande échelle : ainsi la méthode du semis direct permet de planter les graines directement dans le sol sans détruire les cultures de couverture à l’aide d’un semoir spécifique.

💡Ce carbone organique peut être stocké dans le sol pendant des siècles si il est transformé en substances stables (bois, coquilles, racines, litières et exsudats racinaires…).

Captation du carbone dans le sol. Source : myclimate

⚠️ Cependant, le carbone risque de s’échapper sans la bioturbation, qui, comme nous l’avons vu, peut disparaître du fait de certaines pratiques comme un labour trop fréquent ou un traitement des sols excessif.

Comment fonctionne la contribution carbone ?

Grâce à ces puits de carbone naît le système de contribution carbone.

Une entreprise, après avoir évité et réduit ses émissions carbone pouvant l’être, peut contribuer à la neutralité carboneen compensant ses émissions. Ainsi, elle peut racheter sa quantité d’émissions incompressibles en crédit carbone. Un crédit carbone est équivalent à une tonne de gaz à effet de serre disponible sur le marché. De fait, une entreprise B qui a 3 tonnes d'émission de carbone incompressible peut équilibrer la balance en achetant 3 tonnes de crédit carbone à une ferme qui peut les stocker grâce à ses puits carbone.

⚠️ Attention, la contribution carbone sans évitement et réduction des émissions au préalable n’est que du greenwashing. Une entreprise n’est jamais totalement neutre et chacune de ses émissions, même compensées, restent impactantes pour la planète.

Quelle agriculture en 2030 ? 🔭

Répondre à la demande alimentaire mondiale ainsi qu’à la question du dérèglement climatique sera tout l’enjeu de l’agriculture de demain. Le plan France 2030 par Emmanuel Macron assure une 3éme révolution agricole, qui puisse développer le numérique, la robotique et la génétique.

Dans une dizaine d'années, nous pouvons donc imaginer une agriculture automatisée, et, espérons le, respectueuse de l’environnement, de l'agriculture, et des consommateurs.

SOURCES :

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